TWITTER
ACTUALITÉS / EDITO
 

Édito : « Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé. »

Les investissements dans les énergies renouvelables dans le monde ont atteint en 2015 le montant record de 329 Mds$. Pour la 1ère fois, ils ont dépassé les investissements dans le secteur du pétrole et du gaz, ces derniers ayant naturellement chuté avec le prix du pétrole, qui a perdu 50% en 2015 et 75% depuis son pic de 2008 … assez loin des prévisions du clairvoyant analyste de Goldman Sachs annonçant alors l’imminence d’un baril à 200 $ !

Ce montant record d’investissements dans les énergies renouvelables démontre surtout qu’elles sont devenues compétitives, y compris dans un contexte de prix bas des énergies fossiles.

Les tarifs de rachats et/ou crédits d’impôts, indispensables au démarrage d’une filière, sont globalement remplacés par des mécanismes de type appel d’offres. Les prix de marché qui en résultent témoignent des incroyables progrès réalisés par les entreprises d’un secteur devenant mature.

Selon Bloomberg New Energy Finance, le coût (LCOE) de l’électricité éolienne a baissé de 50% depuis 2009, celui des modules photovoltaïques de 80% depuis 2008 ; Enel vient de gagner un projet éolien au Maroc à 30 $/MWh et un projet photovoltaïque au Mexique à 36 $/MWh.

A titre de comparaison, depuis 2007, les estimations du coût et de la durée du chantier de l’EPR de Flamanville ont été multipliés par 3 ; le prix de vente de l’électricité des futurs EPR d’Hinkley Point sera de 109 €/MWh.

Il ne fait guère de doute que ce projet anglais sera lancé, compte tenu de son équation aux variables technique, politique, stratégique, sociale, psychologique … dont la solution est assurément non triviale et probablement non rationnelle.

On peut craindre malheureusement que le contribuable français n’en sortira pas indemne ! On se console – un peu – en constatant qu’avant même d’exporter l’EPR chez nos voisins, nous y exportons le débat qu’il suscite. Nous regrettons surtout que ce débat ne soit pas l’occasion de désintégrer le préjugé tenace selon lequel les énergies renouvelables ne sont pas compétitives.

Les énergies renouvelables sont devenues compétitives.

« Compétitives mais intermittentes, non compétitives si l’on prend en compte le coût du stockage pour gérer l’intermittence ». Bien sûr. En faisant la triple hypothèse que l’on ne peut pas construire un mix pertinent d’énergies intermittentes et non intermittentes, que le coût du stockage ne bénéficiera pas des progrès techniques et des effets d’échelle, que l’on ne sera pas capable de mettre davantage d’intelligence dans la gestion de l’offre et de la demande. Bien sûr.

Ajoutons que malgré ce contexte mondial de croissance, l’Europe a réduit ses investissements dans les énergies renouvelables. Sa part de marché décroît donc aujourd’hui. Sa compétitivité en souffrira certainement demain. Rien ne nous permet d’accroître les réserves d’énergies fossiles de notre sous-sol, c’est un fait géologique dont découle notre dépendance vis-à-vis de pays producteurs tiers. Rien ne nous oblige à maintenir cette dépendance en abandonnant à d’autres un leadership technologique et industriel.

Pour Albert Einstein, « il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé ».

Permettez-nous d’ajouter que « c’est plus facile, mais c’est plus cher ! ».

Par Stéphane Villecroze, avec la complicité de Sophie Paturle et Lionel Cormier