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Edito




Feu de paille ou reprise durable ?

Vous avez sans doute noté comme nous cet été, outre de nouveaux records de chaleur, la publication de statistiques encourageantes pour la plupart des pays développés, conséquence des plans de relance, et la réaction quasi euphorique des marchés qui ont réalisé un beau « rallye » d’été.

Malheureusement, nous n’avons pas plus de raison de faire confiance aux marchés aujourd’hui qu’hier et si l’on regarde les analyses des économistes, on trouve des raisons de tempérer cet optimisme.
En effet, cette crise est bien plus qu’un retournement classique de conjoncture car elle a mis en évidence des dysfonctionnements majeurs du système financier, provoqués par un changement de business model des banques et un endettement excessif des agents économiques, en particulier aux Etats Unis.
Pour reprendre une expression à la mode parmi les économistes, les banques sont passées d’un modèle « originate and hold » à un modèle « originate and distribute », ce qui signifie que les banques se sont éloignées de leur métier de base de transformateur de dépôts en crédits (c'est-à-dire évaluer les risques, détenir et financer les crédits jugés sains) pour devenir des intermédiaires de marché, revendant immédiatement les crédits produits et faisant supporter par d’autres les risques et le financement de ces crédits. Leurs revenus ont ainsi fini par être majoritairement constitués de commissions tandis que leurs niveaux de fonds propres réglementaires étaient mécaniquement abaissés et les réglementations bancaires contournées. Toutes les conditions étaient donc réunies pour une déresponsabilisation complète de la chaîne des acteurs et conseils financiers avec les conséquences que l’on connaît notamment l’endettement d’acteurs économiques dont on savait que leurs cash-flows ne pouvaient pas permettre de rembourser leur dette (crédits subprime aux états unis mais aussi dette « in fine » dans les LBO) et l’explosion ultime de cette bulle.
Nous sommes bien loin de notre métier de capital développement, investisseur patient renforçant les fonds propres des entreprises pour les accompagner dans leur croissance et les aider à surmonter les périodes de crise.
C’est pourquoi le sujet de la rémunération des traders est si important ; ce n’est pas seulement une question d’éthique mais de stabilité du système financier mondial.
C’est pourquoi également la reprise dépendra en grande partie de la volonté spontanée ou contrainte des banques à prêter à l’économie et en particulier aux PME (les grands groupes ayant compris qu’il fallait directement se refinancer sur le marché obligataire). Force est de constater que nous en sommes très loin aujourd’hui où les exigences des banques (garanties exigées souvent disproportionnées, spreads indécents pouvant atteindre 400 points de base, montants accordés en baisse) sont proportionnelles à leur laxisme d’hier. L’extension du modèle de banque universelle (c'est-à-dire banque de crédit et banque d’investissement) nous parait également aller exactement en sens inverse de la stabilité du système : de nombreux économistes considèrent que c’est en effet l’abrogation du Glass-Steagall act (séparation obligatoire des métiers de banque de crédit et de banque d’investissement) en 1999 aux Etats-Unis qui a ouvert la porte à la mise à disposition de liquidités importantes aux banques d’investissement.
Par ailleurs, comme le souligne Olivier Blanchard, chef économiste au FMI, la baisse inéluctable du pouvoir d’achat des salariés américains (du fait de la nécessaire baisse de leur capacité d’emprunt) devra être compensée par d’avantage d’exportations vers les pays émergents qui sont donc encore au cœur de la problématique de la reprise.
Nous, chez Demeter, sommes convaincus que la reprise ne pourra venir seulement de mesures défensives classiques (politique monétaire ultra–expansionniste, soutien aux secteurs en difficulté….), mais qu’elle nécessite des changements structurels profonds comprenant notamment une contraction des activités de marché et de la part de la finance dans la valeur ajoutée en général et un rééquilibrage des flux mondiaux matériels et financiers.
C’est pourquoi encore une fois nous affirmons notre conviction que la relance par les Cleantechs est la seule relance durable. Bien sur elle est indispensable pour ralentir le changement climatique mais elle possède également l’avantage de rééquilibre les échanges mondiaux en réduisant la dépendance énergétique (et en conséquence l’importance des pétrodollars qui alimentent les circuits financiers) et de créer de l’emploi local.
Nous sommes heureux de voir que cette conviction est aujourd’hui partagée par la plupart de dirigeants politiques et cela nous porte à un certain optimisme, encore que la mise en place de ces mesures ne soit pas toujours facile.
La fin de l’année 2009 verra quelques rendez-vous cruciaux pour l’orientation future : réunion du G 20 centrée sur la réforme du système financier (ce ne sera pas facile avec la puissance des lobbies), conférence climat de Copenhague en décembre, débat sur la taxe carbone en France (sujet très difficile par construction car on ne voit pas bien comment ce type de contribution peut fonctionner dans un cadre national).
Chez Demeter également le programme de la rentrée sera chargé :

- Participation à la réflexion nationale au travers notamment de la présidence du groupe de travail PME du Comité d’Orientation Stratégique des Eco-Industries sur l’utilisation des fonds du grand emprunt
- fin de la période de souscription de Demeter 2 : 182 M€ atteint début juillet, le défi initial de 200M€ en octobre est en passe d’être relevé malgré la conjoncture.
- Programme d’investissement chargé : deux nouveaux investissements seront annoncés très prochainement
- Déménagement dans de nouveaux locaux plus vastes le 1er novembre
- Et bien évidemment soutien permanent des entreprises de notre portefeuille.

Vacances, vous avez dit vacances, ah oui c’était quand déjà !
 

Olivier Dupont
Président du directoire

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