TWITTER
ACTUALITÉS / EDITO

Édito : Economie et climat : les défis de 2015

Ca y est, je suis redescendu de mon rêve idyllique de début d’année que je vous avais conté dans mon édito précédent.
Deux mois se sont  à peine écoulés en 2015 et cette année apparait déjà, au plan mondial comme au plan européen, sous des traits très différents de 2014.
Tout d’abord la chute impressionnante du cours du pétrole en fin d’année dernière (que j’avais d’ailleurs prédit dans mon édito de janvier 2014 !) ainsi que le démarrage de la politique de Quantitative Easing de la BCE après celle des US changent la donne économique.
S’agissant de la QE, je fais plutôt partie des économistes qui pensent que cette politique sera relativement inefficace en Europe, compte tenu des taux d’intérêt déjà très bas et qu’elle est lourde de menaces à moyen terme en créant des bulles sur différentes classes d’actifs.
A court terme cependant, dans nos métiers du private equity et du financement de projets, elle a des conséquences positives dont nous allons nous empresser de profiter.
Tout d’abord cette afflux de liquidité sur les marchés dope évidemment la bourse et 2015 se présente comme une grande année pour les introductions sur Euronext, qui est une des voies privilégiées pour réaliser la liquidité de nos portefeuilles de sociétés.
Ensuite les taux d’emprunt  historiquement très faibles favorisent évidemment les opérations à effet de  levier (en particulier les acquisitions pour les entreprises de nos portefeuilles) et les financements de projets portés par notre nouveau fonds Demeter 4 INFRA.

 

C’est donc le moment de boucler de nombreux projets liés à la transition énergétique et je profite de l’occasion pour remercier chaleureusement  les 11 premiers investisseurs, au premier rang desquels le Crédit Coopératif et la Caisse des Dépôts, qui se sont engagés à nous apporter dans une première étape 50 M€ pour la partie Equity de ces projets.

 

S’agissant du prix en forte baisse du pétrole et du gaz cela entraîne également deux conséquences opposées : à court terme un effet supplément de croissance sur les économies développées et à moyen terme, si cela devait perdurer, un effet négatif sur la nécessaire conversion de nos économies en économies bas carbone.

 

A ce propos, je me sens moralement obligé de prendre à nouveau des risques et vous faire part de mes anticipations sur la remontée éventuelle du prix du pétrole : je le vois effectivement remonter doucement au deuxième semestre car les ajustements à la baisse des investissements dans les domaines exploration/production ont été immédiats (y compris sur le gaz de schiste) et parce que je pense également qu’il y a dans cette baisse une composante géopolitique conjoncturelle : tout cela pourrait nous conduire vers 70$ début 2016.

 

Ce qui me frappe cette fois ci c’est que cette baisse pourtant importante n’a pas entraîné de discours anti-ENR, ni de remise en cause des stratégies des grands électriciens ou des Etats. Au contraire, après les changements stratégiques des énergéticiens allemands, le groupe GDF SUEZ vient par exemple d’annoncer qu’il allait renforcer ses investissements dans les énergies renouvelables. Et l’on constate partout dans le monde un réel engouement pour le solaire : l’Inde, l’Afrique du Sud, l’Australie, le Quatar, la Jordanie, les  Etats-Unis par exemple abondent de nouveaux appels d’offres  ou PPA avec des prix du KWH ultra compétitifs même avec les prix actuels du pétrole.

 

Le moral des professionnels est d’ailleurs à nouveau au beau fixe : j’en veux pour preuve l’affluence record de 1200 personnes au congrès annuel du SER du 12 février et la qualité des intervenants internationaux, dont le secrétaire général du GIEC Rajendra KUMAR PACHAURI,  qui avaient fait le déplacement ainsi que les discours optimistes en coulisse.

 

 

Venons-en maintenant à la très attendue COP21 de décembre à Paris. Notre diplomatie se remue très activement pour en faire un succès que nous espérons évidemment tous. Le risque est grand cependant d’aboutir à une grande messe médiatique avec des déclarations aussi tonitruantes que creuses. J’ai eu la chance de pouvoir discuter de ce sujet récemment à l’Ecole des Ponts avec Jean Tirole notre prix Nobel, qui venait y faire une conférence.

 

C’est vrai qu’il est vain et utopique d’espérer un grand soir fraternel et altruiste entre tous les peuples de la Terre et que la façon la plus efficace d’avancer est de convenir de règles économiques différentes qui s’appliquent à tous (tout au moins au plus grand nombre) et qui seules pourront orienter chaque décision économique dans la bonne direction. Pour Jean Tirole, le seul moyen est de relancer l’idée un mécanisme de prix du carbone, par le biais de quotas ou d’autres mécanismes (de type taxe carbone)  qui s’appliqueraient au monde entier.  Idée peut-être banale mais qui me parait toujours très pertinente : nous avons trop vite abandonné cette idée en Europe du fait de la faillite des mécanismes précédents, alors qu’il faudrait au contraire en tirer toutes les leçons  (plus de simplicité, moins de bureaucratie mais plus de contrôle et d’implication de la sphère financière) et en faire un objectif majeur d’accord international sous l’égide des Nations Unis avec évidemment des modulations suivant les continents et les pays.

 

Sans un signal prix très clair, il est en effet vain d’espérer une réorientation des investissements vers des projets « soutenables ».

Il s’agit là d’une voie, certes moins médiatique que les paroles de stars du cinéma  depuis les Philippines, mais sans doute beaucoup plus efficace, l’un n’empêchant d’ailleurs pas l’autre !

 

A bientôt