TWITTER
ACTUALITÉS / EDITO

Édito : Alibaba et les 40 milliards

Les chiffres donnent le tournis : 245 Milliards de $ de capitalisation boursière, 25 milliards de $ levés en une journée, c’est un montant « abracadabrantesque », même pour le temple de la consommation chinoise !

 

Autant nous pouvons nous réjouir de la bonne santé retrouvée des bourses mondiales et en particulier européennes pour ce qui nous concerne, autant on est toujours étonné de ces envolées spéculatives.

 

Parce que l’on voit bien que ces bulles boursières sont dues pour une grande partie aux flots de liquidité déversées par la Fed et maintenant la BCE car la conjoncture mondiale reste relativement médiocre (d’ailleurs, le prix des matières premières ne monte pas) et l’ambiance géopolitique pour le moins tendue, que ce soit au Moyen-Orient ou en Ukraine.

 

Bulle pour bulle, à choisir, j’aurais préféré une bulle du solaire !

 

Pour être franc, les valeurs solaires américaines ont également profité, quoique dans de moindres proportions, de l’envolée de la bourse mais dans ce cas, il y avait de vrais raisons de s’emballer à nouveau : en effet, la croissance à deux chiffres est repartie dans le monde : 38 GW installés en 2013 contre 30 en 2012, entre 45 et 50 GW prévus pour 2014 et des croissances à deux chiffres jusqu’en 2020 ! Les prix se sont stabilisés, les innovations ont permis d’augmenter sensiblement les rendements, les équipementiers ont retrouvé le sourire ainsi que tout l’aval qui a inventé de nouveaux modèles économiques très profitables malgré la fin des tarifs d’achat : Solar City, Sun Edison, Solairedirect chez nous, profitent de ce boom. Les deux premiers ont vu leurs cours de bourse s’envoler car les analystes ont compris que cette croissance est quasi sans limite, à condition bien-sûr d’être positionnés sur les « bons »pays, c’est-à-dire Asie, Amérique bientôt l’Afrique. Pendant ce temps, la part de l’Europe est passée de 70% en 2011 à 25% en 2014. On comprend que les investisseurs européens aient du mal à saisir cette tendance, on leur conseille donc de voyager d’avantage !

 

L’autre réflexion qui me vient à l’esprit en voyant l’aventure Alibaba, c’est le côté complétement schizophrénique de notre civilisation : d’un côté, on célèbre sans retenue le veau d’or de la consommation pour la consommation, de l’innovation accélérée à des fins uniquement consuméristes (je vous conseille la lecture du dernier Luc Ferry « L’innovation destructrice » un brillant et court essai pour essayer de comprendre les contradictions de l’homme moderne) et de l’autre, on développe un discours parfois culpabilisant et rarement suivi d’actions pour le développement durable avec un parfum de décroissance !

 

Il est vrai qu’il faut nous remuer car, selon les derniers calculs des démographes américains, la population de la planète ne se stabiliserait pas en 2050 autour de 9 milliards mais nous pourrions atteindre 12 milliards avant la fin du siècle.

 

Alors oui, nous avons besoin d’innovations constructrices (!) et de beaucoup de croissance (mais économe en ressources) pour affronter ce défi.

 

Mais finalement, c’est juste une légère inflexion dans l’ordre de nos priorités et de nos satisfactions et il y a bien des raisons d’être optimiste sur la suite, en faisant tout simplement confiance au bon sens.

 

C’est ainsi que des villes, des régions des cinq continents se mobilisent pour mettre en place des actions très concrètes et pousser les gouvernements à prendre enfin les bonnes mesures sur le climat à la prochaine réunion du COP 21 en 2015 à Paris.

 

Demeter sera présent à cette conférence R20 des villes et régions qui se tiendra à Vienne les 10 et 11 octobre.

Je vous raconterai.

A bientôt !

Olivier Dupont